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Recrutement de contractuels : Lettre ouverte à la Ministre
Publié le 7 juin 2016

A Issy-les-Moulineaux, le 7 juin 2016,

Madame la Ministre,

Sous le titre "L’école de la République, émancipatrice et laïque, doit être une école à plein temps", le SNUDI FO 92 prenait l’initiative en mars dernier d’une large campagne de pétition destinée à porter cette exigence auprès de votre administration.
En effet, c’est une obligation constitutionnelle faite à l’État que chaque élève qui lui est confié soit instruit. En conséquence, l’État doit faire en sorte que chaque élève de l’école de la République reçoive l’enseignement qui lui est dû, et cela par l’entremise d’un maître recruté pour le sérieux de ses connaissances et protégé contre toutes pressions par son statut de fonctionnaire d’État.

Suite à une audience auprès du DASEN à Nanterre le 30 mars, une bonne quarantaine d’enseignants contractuels a été recrutée dans les Hauts-de-Seine. Pour autant, notre demande est loin d’être satisfaite : car ce sont des maîtres fonctionnaires d’État dont l’école de la République a besoin, pas des contractuels. Embaucher ces personnels en lieu et place d’agents titulaires, c’est introduire dans l’Éducation nationale la logique d’abaissement du coût du travail prônée par le projet de Loi Travail El-Khomri ; et cette logique a un nom : la précarisation. Instaurer une école avec des maîtres précarisés, c’est mépriser l’obligation scolaire et lui préférer l’austérité budgétaire exprimée par le Pacte de responsabilité et ses 50 millions d’euros d’économie.

Outre de révéler crûment où se porte l’intérêt du gouvernement (l’économique prime indéniablement sur l’instruction), ce recours à des maîtres contractuels crée une école de la République à deux visages. Le DASEN prévoit que, pour l’année scolaire 2016-2017, le nombre de contractuels représentera la moitié du total des maîtres nouvellement attachés aux Hauts-de-Seine. Il s’agirait de "défonctionnariser" la profession que l’on ne s’y prendrait pas autrement. Et, là encore, l’économique se montre à visage découvert : M. Peillon n’avait-il pas recommandé d’embaucher pour 6 mois plutôt que pour 40 ans ?

D’autre part, "contractualiser" pareillement le métier d’enseignant a une incidence sur les élèves eux-mêmes, et notamment les plus défavorisés d’entre eux : ceux qui n’ont que l’école pour s’émanciper.
Vous n’ignorez pas que les communes nécessitant un fort taux de remplacement sont celles où débutent les nouveaux et jeunes enseignants. Vous n’ignorez pas non plus que la profession est fortement féminisée. Ces enseignantes se voient très vite en congé pour fonder une famille ou bien pour s’occuper de leurs enfants malades (ce sont encore bien trop souvent les mères qui prennent des jours de congé pour cause de maladie infantile).
Et pour remplacer ces maîtresses en congé, que propose l’État ? Des contractuels dont le recrutement est particulièrement opaque. Autant le recrutement des maîtres titulaires fait suite à un concours dont les sujets sont publics, autant les conditions de recrutement des contractuels semblent se limiter à un entretien pouvant donner lieu à un envoi immédiatement subséquent dans une école.

Vous venez d’écrire à tous les instituteurs de France : "Vous enseignez à l’école primaire. Si l’adjectif indique qu’elle est première, chronologiquement, dans la scolarité de l’élève, il peine à rendre compte de l’importance de ce qui s’y joue. […] Dans ce moment se joue, bien souvent, la réussite future de leurs études". Tout en reconnaissant donc l’importance décisive de l’école primaire, vous acceptez qu’y enseignent des maîtres qui n’ont pas été recrutés pour la maîtrise de leur savoir mais pour leur moindre coût.
Ainsi, privilégier l’embauche de contractuels montre en creux toute l’inanité de la masterisation. A cor et à cri, il a été affirmé que recruter de futurs maîtres à bac +5 serait profitable pour les dits maîtres et les élèves : ceux-ci auraient une meilleure rémunération, ceux-là auraient des maîtres au savoir affermi et amplifié.
Notre syndicat a tout de suite pointé les méfaits de la masterisation. L’allongement du temps des études est prohibitif pour les étudiants des classes populaires et risque d’entraîner un tarissement du recrutement dans le premier degré. Cette formation prolongée n’entre pas en compte dans le calcul des pensions et ne permet pas d’accéder au statut de fonctionnaire d’État. Et quelques années après, on revient par la bande à un recrutement au simple niveau de la licence : n’est-ce pas là le vrai visage de la loi de Refondation de l’école de la République chère à votre gouvernement ?
En outre, dans votre lettre, vous écrivez que cette même loi de Refondation accorde une priorité à l’enseignement primaire grâce au dispositif "plus de maîtres que de classe". On peut en douter, quand on sait que le ministère ne peut assurer qu’il y ait réellement huit demi-journées par semaine un maître dans chaque salle de classe de l’école publique française.

Puisque donc la précarisation des enseignants contractuels aura pour conséquence :
- l’enseignement d’un savoir amoindri,
- la création d’une école de la République à deux visages,
- le déni fait aux élèves des communes populaires de recevoir un enseignement effectivement émancipateur ;
et sachant qu’il ne saurait exister de savoirs émancipateurs dispensés dans une école de maîtres précarisés,
le SNUDI FO 92 revendique, Madame le Ministre, un recrutement massif d’agents titulaires afin d’assurer le remplacement de tout collègue absent et de procurer aux élèves une continuité de leur instruction dans le cadre d’un enseignement véritablement laïque.

Nous vous remercions de l’attention que vous porterez à nos demandes et vous prions de croire, Madame le Ministre, en notre attachement indéfectible à l’École de la République.
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